lundi 31 mai 2010

Shakespeare à couper le souffle

Soundbeat Magazine

Le spectacle Tragédies romaines, adapté de Shakespeare, est aiguisé à la perfection par la compagnie de répertoire néerlandaise, le Toneelgroep Amsterdam. Son metteur en scène, Ivo van Hove, a rompu avec toutes les conventions théâtrales pour en faire une œuvre résolument contemporaine. Un des rendez-vous incontournables du Festival TransAmériques 2010.

Présentée jusqu’au 30 mai au Monument national, l’intrigue de Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre est transposée au XXIe siècle. Les puissants sont traqués jusque dans leur intimité, poursuis par une dizaine de caméras qui relaient leurs images en gros plans sur une vingtaine de téléviseurs, disposés sur scène.

Télé-réalité
L’histoire, sous-titrée en anglais et en français, flirte avec le genre de la télé-réalité. L’immense écran, en avant-scène, transfuge d’une salle de cinéma, donne une nouvelle dimension à la performance. Il n’est pas étonnant que Ivo van Hove s’intéresse à la mise en théâtre d’œuvres cinématographiques.

Lors du premier changement de décor, une voix off invite les spectateurs à monter sur scène et à prendre place dans un canapé. «Des boissons fraiches, des cafés et de la restauration légère vous sont proposés au Bar», poursuit la voix masculine.

Après des rires déroutés, une partie du public grimpe par les deux escaliers de côté et s’installe. Le spectacle reprend. Ainsi, l’on se retrouve en train de manger un sandwich devant un film. À côté de nous, le chef des Volques, Aufidius, avec lequel Coriolan a pactisé en 491 avant Jésus-Christ, est en pause.

Jason Bourne
La plus importante compagnie de répertoire des Pays-Bas, dirigé depuis 2001 par Ivo van Hove, a abordé l’œuvre de Shakespeare sous des airs de film d’espionnage comme la Trilogie Jason Bourne. Les 15 comédiens sont vêtus de costumes noirs, ils portent des micros oreillettes, leurs voix sont graves et dures. Leur jeu à couper est tout à fait surprenant. La rigueur et les passions qui marquent leur visage en font de parfaits tragédiens shakespeariens.

Les tractations secrètes de politiciens, les entrevues à chaud entre mères et fils, les emportements de Brutus à l’encontre de Coriolan, les discours enflammés sur la démocratie brûlent d’actualité. Pendant les changements de décor, des informations en continu défilent sur le téléprompteur face au public : «Actualité. Obama juge BP entièrement responsable... ». Déroutant.

À trois reprises, un présentateur de télé-journal résume les conflits qui déchirent l’Empire. Le metteur n’a fait aucun ajout aux textes de Shakespeare, mais toutes les scènes de guerre sont remplacées par de terrifiantes séquences sonores pendant lesquelles ont peut lire un préambule à l’action sur une bande défilante rouge.

Les deux musiciens postés dans les loges, de chaque côté de la scène, font un travail remarquable durant les 5h30 de spectacle. Vers minuit, environ 50 personnes ont défilé sur scène, sous les applaudissements d'un public en liesse.

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